Je décolle. Le vent me soulève avec patience, il m'attendait. Ses murmures me caressent les cheveux avec affection. Oh, comme il m'a manqué de flotter dans ses bras. Mes pieds quittent tranquillement le sol alors que j'amorce mon envol, je suis bien, tendrement bien.
Les couleurs se mêlent devant mes yeux naïfs, et les lumières s'éteignent, il ne reste plus que le corail et le pourpre du ciel. Des éclats de lumière, le rose et le jaune coulent en une mer de nuages mélancoliques, le bleu se marbre de rares nuages sombres. L'horizon me charme par ses lignes vagues mêlés d'arbres noirs, soutenus par le miroitement d'un cours d'eau, calme et dense, qui reflète avec magnificence une image encore plus brillante du firmament. Comme une surface de cristal minutieusement polie. Voilà que je croise un ours gris, un grizzli je crois. Il me chante mes passions et me porte encore plus haut, alors que mon âme se met à danser sous les jupes d'une robe en vapeurs. Dans mon élan, un homme avec un visage en forme de radio me salue affectueusement et souffle vers moi des mélodies qui m'élèvent encore. Me voilà lancée pour le voyage.
Sur ma route, je suis charmée par tant de jolies choses. Je suis éblouie par les maisons de campagne aux allures vieillies, chaleureuses, pleines d'histoires, d'odeurs et de souvenirs qui n'ont jamais existé. Timidement retirées derrière les arbres, elles sont encadrées de verdure chatoyante qui ne sont alors que des ombres dont on devine les contours. Leur présence est réconfortante, romantique, pleine de rêveries. Les façades plongées dans l'ombre, parsemées ci et là de fenêtres illuminées dont la lumière orangée découpe les contours. Les briques, le bois, les pierres, les poutres décolorées et les chaises berçantes sur la galerie, où réside encore le tendre parfum de l'être qui s'y balançait il n'y a de cela que quelques heures. À travers les portes grinçantes et les fenêtres poussiéreuses, les empreintes de sourires partagés et de larmes solitaires flottent encore et s'estompent doucement, comme une mélodie dont on oublie le rythme, avec le temps.
Mon chemin croise celui d'une usine endormie, avec ses voyants rouges comme des rubis dans l'épaisse mer d'ébène qui ondule au dessus de nos têtes. Des insectes dansent sous un lampadaire, en un million de scintillements, comme d’innombrables diamants dans la nuit. Tout est si calme et paisible, la campagne réside dans le sommeil, il ne reste que les vibrations de quelques douces billes de lumières dorées qui constellent l'obscure nuit.
Le vent s'arrête et me dépose avec délicatesse. Une porte s'ouvre, une grande dame aux allures confortant s'approche. Son sourire semble le plus pur, le plus authentique, ses yeux rayonnent et voilà que mon coeur s'emballe. Elle s'avance gracieusement avec tant de présence, une douce présence. À ses côtés un petit être innocent débordant d'amour entre immédiatement dans mon coeur. Un sentiment de vide comblé m'emplit, me voilà enfin près d'eux après si longtemps, dans un endroit qui m'enchante, dans un vent où mes ailes s'ouvrent dans leur pleine grandeur et me portent aussi haut que je le souhaite, sous un ciel dans lequel mes pensées peuvent s’épanouir sans qu'un plafond ne les limite. Un endroit où je peux m'échapper, me recueillir, respirer, aimer, rêver.
Me voilà chez ma Maman.
Et tes cheveux clairs qui valsent dans ma mémoire.


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