mardi 27 mai 2014

La Pocatière

7 Février

Je suis arrivée à La Pocatière hier, vers 13h. La vue m'a immédiatement saisie à la gorge. C'est magnifique. Tout est entouré de voluptueuses montagnes aux rayures blanches de neige, j'ai envie de les flatter, même de les embrasser, tant elle sont belles, élégantes, sensuelles. J'étais assise près de la fenêtre, à savourer ce spectacle divin. Des volutes de fumée s'échappaient de nos sixièmes doigts, le tabac intoxiquait nos poumons endormis et la marijuana tapissée de cristaux se collait à nos pores humides. Dans l'air vibrant, mon souffle se pointait de doux ténèbres, et Jean Leloup déchirait l'atmosphère comme d'éclatants courants électriques qui percent les veines. Le ciel s'assombrit et moi je m'éclaircis, mon morceau d'étoile s'illumine à ta pensée. Tu es de ces idioties auxquelles on s'attache lorsqu'on a plus rien à quoi s'accrocher. Tu es de ces idioties qui me font abandonner ce à quoi je m'accroche, pour suspendre à ton désir ardent le poids de mes fantaisies. Le temps s'amuse à m'enivrer. Tous mes délires enchantés n'enveloppent maintenant que mon corps et mes pensées, et je m'accompagne silencieusement dans ma solitude. Je caresse mes idées et baise l'ombre des mille monts, autant que je vénère la frivolité agace de la vie. 

























Mon dessin du chat, en fusain.




















15 Février

Me voilà de retour à Montréal. Je regardai par l'immense patio qui se dressait devant moi, et j'étais fascinée par l'éclatante blancheur de l'hiver. Je trempai mes lèvres de tabac blond et me gorgeai d'un café pâle, aspirant au silence tranquille des voyages emmagasinés dans ma mémoire. Mais je ne pouvais même pas me permettre d'être surprise en entendant, dans les rues embouteillées, le martèlement cacophonique de la ville m'explosant les tympans. Envahie de sons mécaniques, je me dépêchai d'en finir avec ma clope et m'empressai de retourner à l'intérieur, sans savoir où mon esprit pourrait vagabonder. Mon regard cherchait ardemment le fleuve et ses douces montagnes violettes, mais ne put que s'accrocher au souvenir gravé derrière mes pupilles. Devant ce décor endormi de mille bouteilles de bières vides, de mégots et de morceaux de tissus gisants sur le sol, mon corps coula jusqu'à la table du salon, ou reposaient mon cahier et mon crayon, mes idées et mes mots, mes sentiments et mes rêves. Le silence de quatre corps plongés dans un tendre sommeil m'apaisa, et l'encre se mit à ruisseler aussi vivement que le sang limpide de ce cher fleuve Saint-Laurent. 

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